Aller directement à la navigation

Historique de la Société Scientifique Flammarion

Historique de la Société Scientifique Flammarion

 

L'initiative de créer une Société scientifique Flammarion à Marseille est due à Jérôme COGGIA, l'astronome qui, dans la nuit du 17 avril 1874, avait découvert à l'observatoire de Marseille la grande comète qui porte son nom. En 1883, COGGIA contacte Camille FLAMMARION qui vient de publier l'Astronomie populaire, son oeuvre maîtresse dont le succès est retentissant. Des sociétés Flammarion commencent à se créer dans toutes les grandes villes et bientôt à l'étranger.

Camille FLAMMARION naît en 1842 dans une famille de campagnard, " véritable enfant de la Nature " comme il aimait à le rappeler. Sa vocation pour l'astronomie est précoce puisque, âgé de cinq ans, il observe sa première éclipse de Soleil en regardant par réflexion à la surface d'un seau d'eau ; toute sa vie, il garde le souvenir de cette première " émotion " d'astronomie. Adolescent, FLAMMARION explique déjà les " merveilles de la Nature " à ses camarades d'école. Il rédige à 16 ans son premier manuscrit qu'il appelle Cosmogonie universelle. Peu après, il entre à l'observatoire de Paris ; il s'astreint au dur métier de calculateur mais préfère une recherche plus qualitative, plus poétique et plus vivante. En 1862, Camille FLAMMARION publie La Pluralité des Mondes habités. Le VERRIER, l'autoritaire directeur de l'observatoire de Paris, le convoque immédiatement et le licencie par ces mots : " Je vois, Monsieur, que vous ne tenez pas à rester ici. Rien n'est plus simple, vous pouvez vous retirer. " FLAMMARION se lance dans le journalisme scientifique, il écrit dans Le Magasin pittoresque, L'Astronomie et même, quelquefois, dans Le Petit Marseillais. En 1880, paraît l'Astronomie populaire. Cet ouvrage sensibilise le public aux beautés du Ciel et aux merveilles de la Nature ; il fait éclore un grand nombre de vocations astronomiques. Camille FLAMMARION exprime aussi ses idées philosophiques dans Rêves étoilés ou La Fin du Monde. Il publie même des études psychiques comme La mort et son mystère et Les maisons hantées. Retour à des travaux plus scientifiques, FLAMMARION fonde l'observatoire de Juvisy. Il y effectue de nombreuses découvertes scientifiques en particulier sur les étoiles multiples ; il détermine ainsi l'orbite du deuxième compagnon de l'étoile z Cancri. À partir de 1887 Camille FLAMMARION crée L'Astronomie bulletin mensuel de la Société astronomique de France, avec la participation des meilleurs astronomes ; aujourd'hui encore L'Astronomie attire un vaste public amateur et professionnel. Camille FLAMMARION vient à plusieurs reprises donner des conférences à Marseille.

Dès sa création, en 1884, la Société scientifique Flammarion de Marseille regroupe 80 amis passionnés d'astronomie. La Société organise des cours réguliers d'astronomie, des conférences et des séances d'observation du ciel. Chaque année, la Société publie un beau Bulletin orné de planches.

 

SSF1912

"Observatoire de la Société Scientifique Flammarion construit au-dessus du 5ème étage de l'immeuble, 38 quai du Canal.

Les astronomes préparent l'observation de l'éclipse totale de Soleil du 17 avril 1912."

 

La Société compte bientôt 200 membres. Elle s'installe - 38, quai du Canal - dans un bel édifice de cinq étages ; aujourd'hui encore, on peut admirer son cadran solaire tracé sur la façade ouest, du côté de la place aux Huiles. L'observatoire Flammarion de Marseille est édifié - par 3° 02' 04" de longitude Est (par rapport à Paris) et par 43° 17' 36" de latitude - dans une tour carrée située au sommet de cet immeuble. Sur la terrasse et sur les balcons ouverts aux quatre points cardinaux, trois lunettes équatoriales de 160, 108 et 75 mm de diamètre permettent d'observer le ciel. Un spectroscope visuel à prismes permet de sensibiliser le public à l'extrême variété de la lumière émise par les astres.

Dans la riche bibliothèque scientifique, les sociétaires débutants se familiarisent avec les cartes du ciel et avec les catalogues indiquant les coordonnées des astres. La Société possède également une collection archéologique et minéralogique.

Le premier président de la Société Flammarion, BRUGUIERE, est un ingénieur. Son successeur, CODDE, est maître-horloger. De 1910 à 1919, Louis HOULLEVIGUE professeur de physique à la faculté des sciences et auteur des meilleurs ouvrages de vulgarisation de son temps, présidera la Société, puis de 1924 à 1926 ce sera le tour de Jean BOSLER directeur de l'observatoire de Marseille. Des ingénieurs civils et militaires (polytechniciens) alternent avec les enseignants à la tête de la Société scientifique : BRENIER, RAYBAUD, BOUCHERIE de la MOTTE, FRUCTUS, LOUVET, FABRE, et ANDRIEU.

 

membres bienfaiteurs

"Membres bienfaiteurs de la Société Scientifique Flammarion de Marseille."

 

Parmi les membres fondateurs et bienfaiteurs de la Société, on note PIERRE II (Don Pedro II) le dernier empereur du Brésil. Cet homme très érudit s'intéresse vivement au progrès des sciences. En 1888, lors d'un séjour officiel en France, Don Pedro rend visite à la Société Flammarion de Marseille. La même année, sa décision d'abolir l'esclavage dans son pays dresse contre lui les riches planteurs et un soulèvement militaire le contraint à abdiquer. En 1889, après la proclamation de la république au Brésil, l'empereur viendra résider à Cannes. La Société compte aussi comme mécènes le prince ALBERT Ier de MONACO, océanographe qui a mené de nombreuses campagnes scientifiques sur son yacht l'Hirondelle, et BISCHOFFSHEIM, le fondateur de l'observatoire de Nice et de sa grande coupole.

Comme membre d'honneur, la Société choisit Guillaume TEMPEL lithographe-graveur de son métier, qui découvrit dix-sept comètes au cours de sa vie. TEMPEL est l'image même du passionné d'astronomie doué d'un grand talent manuel et artistique. D'origine allemande, né dans une famille très modeste, TEMPEL doit s'expatrier. Il découvre sa première comète à Venise, sur l'escalier Lombard où il fréquente la fille du gardien du palais des Doges. En 1860, il s'établit à Marseille et, de chez lui, sur la colline Vauban, il découvre dix comètes. VALZ essaie de le recruter comme astronome à l'observatoire des Accoules mais la déclaration de guerre de 1870 intervient. TEMPEL est expulsé de France et se fixe alors à l'observatoire de Florence.

Les adhérents de la Société Flammarion viennent de tous les milieux sociaux, les cours publics sont gratuits. Les conférenciers sont des membres de la Société, souvent professeurs à la faculté des sciences, comme Antoine-Fortuné MARION (zoologie marine), Pierre-Edmond REBOUL (chimie), Gaston de SAPORTA (paléontologie), Edmond AMIGUES (mathématiques), Édouard HECKEL (botanique) et Louis FABRY (astronomie). Le public de cette époque se passionne pour les progrès de la science et de la technique. Les centres d'intérêt sont très variés : l'aviation, le téléphone, les lampes à incandescence, la conquête des pôles, les volcans, les courants marins, l'ophtalmologie et les essais de cornée artificielle, les moeurs et la reproduction des poissons marins, les vaccinations animales, les animaux fossiles de Provence, les monuments mégalithiques de l'Algérie, le volapük et les langues universelles. L'un des conférenciers le plus apprécié est Jacques LEOTARD, journaliste scientifique au Sémaphore qui réussit l'une des premières observations de la comète Sawerthal. Avec le soutien d'Edmond BARTHELET, directeur du Sémaphore et également membre de la Société Flammarion, ces conférenciers relaient l'information scientifique vers les lecteurs de ce journal marseillais.

 

Halley

La comète Halley vue de l'observatoire de la Société Scientifique Flammarion de Marseille le 10 mai 1910 à 3 heures du matin."

 

 

L'astronomie permet les meilleurs travaux pratiques : cartographie de la lune, observation des planètes et des satellites de Jupiter, visibilité de Vénus en plein jour. Le public se familiarise avec les beautés du ciel et se passionne alors pour les ballons dirigeables. Camille FLAMMARION lui-même a effectué douze ascensions en ballon avant d'écrire Mes voyages aériens et son grand ouvrage L'Atmosphère. Les sociétaires de Marseille s'activent en ce sens. Robert GUERIN réalise un système de soupape permettant de régler à la demande l'échappement du gaz et Auguste PAYAN dessine les plans et les gabarits pour confectionner une montgolfière. Des ascensions sont effectuées à partir de la plaine Saint-Michel, le 7 mai 1891, jusqu'au Cabot et le 14 juillet jusqu'à Saint-Zacharie. D'autres ascensions plus périlleuses ont lieu avec succès dans les Cévennes. Les " ascensions maritimes " permettent même de battre des records de durée. Le régime thermique différent qui s'établit la nuit au-dessus de la mer permet d'envisager de battre des records de durée de plusieurs jours de vol. Le 26 avril 1892, lors d'un essai au large de Toulon, Robert GUERIN et Pascal MARCHE sont pris dans des rafales de vent et s'écrasent en rade d'Hyères. Pascal MARCHE empêtré dans les cordages du filet de l'aérostat, ne peut se dégager et se noie.

 

SSF1905

"La mission d'observation de la Société Scientifique Flammarion de Montpellier lors de l'éclipse totale de Soleil de 1905"

 

 

D'autres phénomènes atmosphériques, les trombes marines, observées en rade de Marseille, intéressent les membres de l'association. Le physicien suisse Daniel COLLADON vient lui-même, à l'immeuble du quai du Canal, pour présenter le fonctionnement de son appareil expérimental qui reproduit le phénomène des trombes avec ascension verticale du liquide. La Société Flammarion de Marseille décide de nommer COLLADON membre d'honneur, en témoignage de reconnaissance pour ses premières mesures de la vitesse du son dans l'eau qu'il réalisa dans le lac de Genève et pour son invention portant sur l'utilisation de l'air comprimé pour le percement des grands tunnels alpins.

Les tremblements de terre sont aussi recensés et analysés par les sociétaires : celui du 27 novembre 1884, ceux des 23 février 1887 et 2 novembre 1888. Après le grand tremblement de terre de la Provence, le 11 juin 1909, Camille FLAMMARION publie dans L'Astronomie une enquête scientifique sur cette catastrophe et notamment à Lambesc.

À cette époque, chaque ville de France est encore à l'heure locale, temps moyen. L'idée d'adopter une " heure nationale " fait son chemin, ne serait-ce que pour harmoniser les horaires du chemin de fer qui dessert déjà les villes et les bourgs. La Société Flammarion de Marseille regroupe toutes les énergies locales pour l'adoption de l'heure nationale. Son projet est accepté le 23 août 1889 à l'unanimité du conseil municipal. À partir du 1er janvier 1890, les Marseillais appliquent l'heure nationale. La Société poursuit ses efforts au plan national avec les autres sociétés scientifiques Flammarion de France. Ces démarches sont couronnées de succès et, le 2 décembre 1890, la Chambre des députés décide que l'heure légale en France et en Algérie sera désormais l'heure du temps moyen de Paris.

En 1924, quelques semaines avant sa mort, Camille FLAMMARION effectue sa dernière visite à Marseille. La photographie prise à cette occasion montre les membres de la Société regroupés autour de FLAMMARION et de son épouse. On reconnaît les anciens présidents de la Société Flammarion de Marseille : Louis HOULLEVIGUE, physicien, et Jean BOSLER, astronome.

Deux années plus tard, madame FLAMMARION revient à Marseille rendre visite à Jean BOSLER directeur de l'observatoire. Comme précédemment, elle parcourt à pied le chemin qui va de la gare à l'observatoire. Voici comment la presse parisienne relate l'événement : " L'histoire s'est passée tout récemment à Marseille, le long de ce boulevard où de nombreuses et belles plaques bleues toutes neuves portent l'indication : boulevard Camille-Flammarion, ex boulevard Saint-Charles. Une dame en deuil venant de Paris et s'étant quelque peu égarée, dans son émotion bien compréhensible, rencontre une brave femme et lui demande son chemin - Vous allez, dit-elle, prendre le nouveau boulevard, celui dont on vient de changer le nom. - Mais, lequel ? - Le boulevard du Monsieur qui pêchait les étoiles de mer dans le ciel. - Ah, vous voulez dire le boulevard Camille-Flammarion ? - Oui, on l'a inauguré en même temps que la Vierge Dorée. " Madame FLAMMARION, malgré toute l'amabilité de la brave dame, n'osa pas lui avouer qu'elle avait quelque peu connu le savant dont le nom figure à présent sur les plaques bleues, ni lui demander ce que la Vierge Dorée venait faire en cette affaire.

Le 5 mai 1934, à la faculté des sciences, en présence de plus de cent personnes, et sous la présidence d'HOULLEVIGUE, la Société scientifique Flammarion de Marseille fête son cinquantenaire : banquet, concert avec Sonate au clair de lune de Beethoven et lectures de pages d'Uranie, de Camille FLAMMARION.

Dans les années 1950, Georges GUIGAY, astronome à l'observatoire, reprend l'enseignement de l'astronomie et les cycles de conférences.

 

Guigay

"Georges Guigay astronome à l'observatoire de Marseille et président de la Société Scientifique Flammarion prépare ici la nuit d'observations"

 

 

Les cours sont parfois ardus quand il faut calculer le jour et l'azimut du coucher du soleil derrière le mont Canigou vu de Notre-Dame-de-la-Garde. La vérification expérimentale de ces calculs astronomiques et des lois de la réfraction dans les couches basses de l'atmosphère est souvent contrariée par le mauvais temps, le phénomène est difficile à observer. Le 30 octobre 1970, Georges GUIGAY, Marius MOTTE et Arlette BERGES-DINON réussissent la première image du Canigou se détachant sur le soleil couchant, photographie prise depuis la plate-forme de Notre-Dame-de-la-Garde.

Au cours des dernières années, la Société Flammarion a été présente lors de la Fête de la Science organisée dans le nouveau bâtiment du conseil général. Avec ses télescopes, cette nouvelle équipe de passionnés d'astronomie a retransmis sur écrans vidéo, en temps réel, les images d'une éclipse partielle de soleil. Les jeunes membres de la Société Flammarion ont aussi retracé pour le public les grandes étapes de l'histoire de l'astronomie à Marseille et en Provence. Cette présentation était agrémentée d'une exposition.

À l'occasion du 2600e anniversaire de Marseille, la Société scientifique Flammarion, conformément à sa vocation, continue de montrer aux Marseillais les beautés des astres et de la nature.

 

Olivier Bernard

"Deux astronomes de la Société Scientifique Flammarion de Marseille polissant eux-même leur mirroir parabolique avec un outil à

carrés de céramique collés à la poix Après deux ans de travail, ça y est, le miroir a reçu son aluminure"

 

 

Ses membres sont moins nombreux qu'autrefois mais très actifs. Ils ont eux-mêmes poli un miroir de 400 mm de diamètre et construit un télescope qu'ils ont équipé d'un récepteur électronique et d'un système informatisé afin de visualiser les images du ciel pour le public.

Yvon GEORGELIN et Yvonne LEVI
« Marseille, 2600 ans de découvertes scientifiques », tome II
Publications de l'Université de Provence 2002

 



Menu principal 2

Page | by Dr. Radut